Fekké ma ci boolé : expression Wolof que je traduis librement par : Étant témoin alors je suis concerné.
Le 08 Octobre s’est déroulé à Montpellier, sud de la France, le Nouveau Sommet Afrique-France. Dans la même soirée a émergé sur les réseaux sociaux un “débat” entre jeunes africains sur ce même sommet. Tant bien que cela puisse être considéré comme tel, car il n’est ni plus ni moins que des jeunes africains issues des écosystèmes entrepreneuriaux et de la société civile qui se font lyncher sur les réseaux sociaux par leurs frères et sœurs africains pour la simple raison qu’ils ont répondu à une invitation du secrétaire général du Nouveau Sommet Afrique France. Tout y passe, insultes, sarcasmes, ironie, mépris et par endroit avec une violence verbale inouïe.
Au-delà des interventions pertinentes et percutantes de mon frère Sénégalais, Cheikh Fall et de mes sœurs, la Malienne, Adam Dicko et la Burkinabée, Elda R. Koama qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux, je vais donner de plus amples informations ayant trait au sommet et sur ses tenants et aboutissants.
J’ai aussi noté beaucoup de questions dont je tenterai pour certaines d’apporter des réponses qui me sont accessibles. Quand on dit débat, il faudrait d’abord que tout le monde sache de quoi on parle, quel est le sujet, … Alors revenons au contexte.
Contexte (extrait du rapport: les nouvelles relations Afrique France)
Par lettre du 8 février 2021, le président de la République française Emmanuel Macron souhaitait que le « Nouveau Sommet Afrique- France », prévu le 8 octobre 2021 à Montpellier, « marque une rupture radicale par rapport aux 27 Sommets précédents ». Il voulait, à ce propos, qu’il soit l’occasion d’un « dialogue direct et ouvert » sur les relations entre l’Afrique et la France, relations dont il s’agissait, à ses yeux, de « redéfinir ensemble les fondamentaux ».
L’objectif était par ailleurs que le Sommet serve de plateforme d’écoute, non seulement de la jeunesse du continent africain, de « ses perceptions, ses incompréhensions éventuelles », mais aussi des diasporas et de « notre jeunesse française qui manifeste le désir de s’impliquer dans la redéfinition des liens qui nous unissent avec le continent africain ».
Le président de la République française me confiait alors « la mission de préparer cet échange en amont », par le biais d’un cycle de discussions dans douze pays africains et au sein de la diaspora africaine de France.
En créant les conditions d’une « parole libre et sans tabous », cette dynamique visait à « recueillir les attentes », « faire émerger des propositions fortes pour l’avenir » ainsi que des « orientations durables ». L’ensemble de ce processus devait contribuer « à mettre en lumière et en responsabilité la jeune génération à l’avant-garde de nos pays ».
Entre mars et juillet 2021, plus de 65 débats et rencontres ont eu lieu dans les pays suivants : Afrique du Sud, Angola, Kenya, République démocratique du Congo, Cameroun, Nigeria, Niger, Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire, Sénégal, Tunisie. Une dizaine de séquences se sont déroulées dans plusieurs villes de France, au sein de la diaspora.
Ces débats ont porté sur des thèmes aussi divers que la santé, le climat et l’environnement, la biodiversité, l’éradication de la pauvreté dans toutes ses dimensions, la lutte contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition, la restitution et la circulation des objets d’art africains, l’égalité entre femmes et hommes, l’entrepreneuriat et l’innovation, la mobilité, la transition numérique, les industries culturelles, la Francophonie, l’aide publique au
développement, les accords de défense et de sécurité liant la France et certains pays africains, les interventions militaires, le franc CFA, les mémoires de l’esclavage et du colonialisme, ou la protection des biens publics mondiaux. Si la volonté de contribuer à l’édification d’un monde commun a été affirmée à plusieurs reprises, une attention toute particulière a également été portée sur l’inégalité structurelle qui, aux yeux de beaucoup,
continue de caractériser la relation. D’où la nécessité de mettre en place une nouvelle génération d’institutions et de dispositifs susceptibles d’encourager des modes d’interaction plus participatifs, plus inclusifs et plus égalitaires.
Aussi bien en France que sur le continent, les débats ont rassemblé, souvent sous la forme de « Dialogues », des profils variés : femmes et hommes, professionnels, étudiants, entrepreneurs, professeurs, relais d’opinion, sportifs, avocats, historiens, journalistes, psychologues, banquiers, assureurs, responsables d’associations, acteurs de la société civile, artistes et experts divers. La grande majorité était composée de jeunes (entre 20 et
35 ans). Au total, plus de 3 600 personnes y ont pris part soit en présentiel, soit virtuellement.
Ces Dialogues organisés dans la perspective du sommet de Montpellier ont, à leur tour, suscité maints autres débats publics, voire des controverses, sur d’autres plateformes ou sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, des contributions écrites et orales assorties de propositions nous sont parvenues, parfois par des canaux informels.
L’ensemble de ces « matériaux » a été soigneusement analysé. Ils constituent la base du présent document.
Consultez le rapport ici pour plus d’informations sur les travaux en amont du sommet.
Le décors étant planté, maintenant venons-en au débat et répondons d’abord à la question qui revient fréquemment(en Mauritanie) sur les réseaux sociaux: Qui nous a représenté ?
Je qualifierai cette question de naïve étant donné que toutes les sociétés du monde sont soumises au règne du paraître, l’exaltation de soi étant la norme, c’est devenu habituel de voire pour tout évènement quel qu’il soit d'ailleurs que chacun s'épanche sur soi en texte et en images, alimentant les réseaux en données et informations qui sont rarement inaperçues par la majorité des utilisateurs. Alors la question pourrait être posée autrement : Sur quelle base, les jeunes représentants l’Afrique ont été invités ?
Invité en tant que entrepreneur lauréat du Challenge des 1000 Entrepreneurs Africains, aux côtés de mes 4 autres compatriotes entrepreneurs et des centaines d’entrepreneurs africains tous lauréat aussi, nous avons assisté à plusieurs activités le 05, 06 et 07 Octobre en amont du sommet. Le 05 et 06, nous avons participé à la 3ème édition de Ambition Africa 2021, l’événement business de référence entre l’Afrique et la France. Cet événement a réuni de hautes personnalités africaines et françaises, des ministres, des femmes et hommes d’affaires, d’investisseurs, … autour de tables rondes sur des thématiques différentes et variées (les podcasts des tables rondes seront diffusés sur mon blog dans les jours à venir) on peut citer quelques uns: Dr Carlos Lopes (Ancien secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique), Franck Riester (Ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité), Abdelmalek Alaoui (CEO Guépard Group), Hafsat Abiola-Costello( Présidente de Women In Africa), ... Au total, 17 tables rondes et 4 sessions de networking(réseautage).
Le 07 a eu lieu la 7éme édition de Bpifrance Inno Génération(BIG), événement des écosystèmes français de la tech et de l’innovation centré pour cette édition sur la transition énergétique et écologiques pour servir l’avenir. Les délégations africaines étaient invitées pour découvrir, nouer des partenariats, échanger, …
Les africains invités issus de la société civile ont atterri le 06 Octobre à Paris pour continuer le 07 sur Montpellier. Je n’ai pas d’informations sur leurs activités et les critères sur lesquels ils ont été invités.
Venons en au sommet.
Contrairement à ce que beaucoup de gens croient sur le déroulement du sommet, il n’ a pas seulement été une session d’échange entre le président Emmanuel Macron et 11 jeunes Africains.
Le programme, favoriser toutes les formes de dialogues s’articule de la sorte:
La matinée et le début d’après-midi sont consacrés à des moments de dialogues, d’échanges, de rencontres, d’élaboration de propositions, de manifestations culturelles et d'événements sportifs.
Six grands espaces rassembleront les sociétés civiles de la France et du Continent africain autour de six grand thématiques :
Engagement citoyen et démocratie
Entreprendre et innover
Enseignement supérieur, recherche et innovation
Culture, Patrimoine et Coopération
Industries culturelles et créatives
Sport et développement
C’est la séance plénière, en présence du Président de la République française, dont une partie a été largement partagée sur les réseaux sociaux qui clôtura la journée.
Les discussions sur les 6 thématiques se sont déroulées simultanément, alors je n’ai assisté qu'à l'une d'entre elles : Entreprendre et innover.
Cette thématique était structurée en 3 espaces avec chacune ses sessions et sous thématiques.
Il y a l’espace du Forum Choose Africa où on a parlé d'entrepreneurs engagés, de compétences pour une transformation numérique africaine, de la création du réseau de la nouvelle génération d’entrepreneurs et aussi d’une Master class du Pr Kako NUBUKPO sur le thème: Du franc CFA à l’ECO : quelle monnaie pour quel développement en Afrique de l’Ouest ?
Après avoir terminé sa Master class, Pr NUBUKPO a rejoint ses amis du Contre-sommet Afrique France qui s’est déroulé aussi à Montpellier. Ce Contre-sommet n’a malheureusement pas été largement suivi sur les réseaux sociaux et nombreux sont ceux qui s’en prennent à leurs frères Africains et qui ignorent complètement la tenue de ce Contre- sommet.
Espace Business Camp, des discussions sur des sous thématiques telles que : Développer de nouvelles compétences pour accélérer son business, comment retrouver les capitaux pour porter la croissance de son entreprise, entrepreneurs des diasporas: comment développer un projet entre la France et les pays d’Afrique ?
Espace Tech 4 Scale, des discussions sur des thématiques telles que : la tech africaine au service de l’économie réelle, comment financer la croissance de ma startup, capitaliser sur les données pour développer ma startup, open innovation : la collaboration grands groupes / startup en Afrique, un vecteur d’innovation, …
Je reviendrais plus amplement sur ces thématiques dans d’autres articles et podcasts.
“Ce qu’il nous faut c’est un sommet Afrique-Afrique”
Beaucoup de jeunes africains qui critiquent le Nouveau Sommet Afrique France, jugent ce sommet inutile et qu’il est plus pertinent d’avoir un sommet Afrique-Afrique. Il m'étonnerait fort que ceux là ignorent l'existence de ce sommet mais sous un autre nom, Sommet de l’Union Africaine, dont la 34ème session s’est déroulée le 06 et 07 février 2021 et dont la thématique de cette année et du reste de l’année 2021 est : "Arts, culture et patrimoine" : Leviers pour construire l'Afrique que nous voulons."
Est-ce que les jeunes africains ont connaissance des résolutions, des décisions qui ont été prises par les chefs d’Etats pour les étudier contribuer à leur concrétisation ? Est ce que les sociétés civiles des pays Africains ont relayé les conclusions de ce sommet pour que les femmes, les jeunes, les grands pères et grands mères au fond des villages aient connaissance des décisions prises par les chefs d’Etats ? Est-ce que l’Union Africaine a pris le soin de faire passer le message dans tous les pays africains pour que ses conclusions soient connues et comprises par tous les africains ? Est ce que dans chaque pays africains, le gouvernement a fait des restitutions sur ce qui s’est passé lors de la 34ème session de l’Union Africaine ?
Voilà des questions fondamentales que les africains doivent se poser en particuliers les jeunes en tant que force vive et dynamique du continent et qui aspirent plus que tout autre africain à la renaissance du continent.
Puisque nous parlons de culture, faisons une transition en revenant au Nouveau Sommet Afrique France dont sur les 6 grands thématiques, 2 sont consacrées à la culture.
Je vous cite un passage de l'intervention de mon compatriote, Kane Limam dit Monza, fondateur du Festival Assalamalekoum et vice-président d’Arterial Network.
"Je pense qu'il faut s’attaquer aux obstacles qui empêchent les acteurs culturels d’accéder aux libertés et opportunités d’affaires, y compris les normes sociales, la sécurité et la protection de la vie, les compétences et le leadership, en vue de combler les disparités entre les opérateurs eux-mêmes au delà du fossé qui se creuse entre opérateurs, Etats et collectivité. [...] Il y'a urgence d’accompagner les programme focalisés sur la jeunesse et la culture et le sport, dont doit se saisir l’Agence pour la Promotion de l’Investissement en Mauritanie en ce sens que la porte d’entrée de toute stabilité économique et sociale commence par investir dans la culture pour garantir une communauté homogène et unie de destin."
Ce passage illustre parfaitement le piteux état de la culture en général en Afrique. Et si les jeunes africains s’étaient posés les questions que j’ai cité plus haut concernant les résolutions de l’Union Africaine on en serait pas là aujourd’hui. En effet, les 23 et 24 janvier 2006, les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine se sont réunis pour la sixième Session ordinaire en République du Soudan pour adopter la Charte de la Renaissance Culturelle Africaine. Les millions d’Africains n’ont jamais eu connaissance de l’existence de cette charte en particulier les jeunes Africains et les acteurs de la culture. Moi même, j’ai eu connaissance de cette charte que récemment, 2 mois environs.
Dans son article 3 ayant trait à ses objectifs, la charte stipule : “ doter les peuples africains les ressources leur permettant de faire face à la mondialisation.”
Si cet objectif avait été atteint, Monza n’allait pas partir ailleurs(France) pour parler “obstacles qui empêchent les acteurs culturels d’accéder aux libertés et opportunités d’affaires.”
L’enjeux c’est la mondialisation
La mondialisation qui se déploie comme une vague déferlante qui balaie tout sur son passage est le principal enjeux de ce millénaire. Et pour y faire face, chaque peuple lutte pour sa survie et la conservation de ses spécificités culturelles. Les Africains plus que jamais, aujourd’hui doivent aller à l'essentiel pour concrétiser nos propres plans et la voie que nous nous sommes choisie tout en discutant avec tout le reste du monde.
Un autre exemple emblématique de la carence de la jeunesse africaine à saisir les opportunités et à être au fait des initiatives de l’Union Africaine est la création de la Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZALECA) dont la décision de lancer le projet est prise en janvier 2012, lors de la 18e session ordinaire de la Conférence de l'Union africaine.
C’est la plus grande zone de libre échange au monde pour favoriser les échanges commerciaux intra africains. A ce jour, je n’ai pas encore vu d' initiatives africaines au niveau des jeunes entrepreneurs africains ou des gouvernements qui s’activent pour que chaque pays africain y tire pleinement son épingle du jeu.
En conclusion, nous jeunes africains, sommes dans la majorité d’entre nous inscrit dans les invectives, la calomnies, les dénonciations, ... Et si nous nous concentrons sur ce qui nous lie et sur nos aspirations légitimes, discutons de nos désaccords dans la courtoisie, le respect mutuel et la dignité. Cette même courtoisie, respect mutuel et dignité que nous jeunes africains exigeons aujourd’hui de la France en la regardant droit dans les yeux avec audace et détermination.
Je conclu par une citation de l'historien Burkinabé, le Pr Joseph Ki-Zerbo: “Nous ne pouvons pas nous soustraire à la trajectoire de l’homme dont nous sommes partie intégrante, s’il faudrait nager dans l’universel, il ne faudrait surtout pas s' y noyer.”

